Pendant longtemps les autorités financières marocaines ont retardé la libéralisation du secteur du paiement mobile malgré la promotion du pays en tant que hub économique africain. L’opportunité permettant le développement de champions fintech nationaux, à l’instar de M Pesa au Kenya, était alors balayée par l’argument selon lequel le taux de bancarisation relativement élevé au Maroc ne justifiait pas le développement local du m-payment.

La libéralisation du secteur financier marocain orienté par des impératifs économiques

Les pressions du FMI en faveur d’une meilleure gouvernance sont venues changer la donne. Dans le cadre des prêts accordés au Maroc depuis 2012, le fond monétaire international a effectivement exigé du Maroc une économie plus transparente et une monnaie plus flexible. En effet, depuis le printemps arabe et en six ans, le Maroc a dû signer quatre accords LPL (Ligne de Précaution et de Liquidité), un mécanisme de financement destiné à soutenir le pays bénéficiaire en cas de déséquilibre de la balance des paiements. Chacun porte sur une durée de deux ans : 6,21 milliards de dollars en juillet 2012, puis 5 milliards en juillet 2014 et, enfin, 3,61 milliards de dollars en 2016. Le Maroc n’a effectué aucun tirage sur la LPL qui a coûté au Trésor marocain 720 millions de dirhams (75 millions de dollars) sur toute la période, selon l’ancien ministre des finances Mohamed Boussaid. Le 17 décembre 1018, une quatrième ligne a été accordée pour un montant de 2,97 milliards de dollars sur 2 ans.

En ce sens, une première mesure d’assouplissement du dirham marocain a été menée début 2018 pour réformer le régime de change. La solution nationale de paiement mobile, baptisée « m-wallet », déployée depuis novembre 2018 conjointement par l’Agence Nationale de Réglementation des Télécommunications (ANRT) et la banque centrale marocaine Bank Al-Maghrib,  est une autre mesure imposée par le FMI. Elle vise à réduire le cash en circulation et la proportion de l’informel dans l’économie.

Le m-wallet est un moyen de paiement émis soit sur un compte de paiement tenu par un établissement de paiement, soit sur un compte bancaire tenu par une banque. Il permet de réaliser, de manière électronique et dématérialisée, au minimum les opérations suivantes :

  • Les transferts d’argent de personne à personne (P2P)
  • Les opérations de paiement commerçant
  • Le retrait (Cash-Out) et dépôt d’espèces (Cash-In)

Un écosystème interopérable

Le détenteur d’un “m-wallet” peut réaliser ces opérations en renseignant le numéro de téléphone du bénéficiaire, lui même devant être détenteur d’un m-wallet, et ce quel que soit l’établissement qui tient le compte de ce bénéficiaire.
Une première au Maroc : afin d’optimiser son fonctionnement, ce nouveau mode de paiement a été lancé avec une complète interopérabilité entre les différents organismes faisant partie de l’écosystème monétique grâce à HPS Switch.

En mettant fin au monopole d’établissement de paiement jusqu’ici détenu par le CMI (Centre monétaire Interbancaire) sur le segment monétique, la banque centrale a accordé des agréments à huit opérateurs : Al Barid Bank, CIH Bank, Banque Populaire, BMCE Bank, Crédit Agricole du Maroc, Société Générale, Wafacash et Maimouna Services Financiers, ainsi que onze établissements de paiement : des filiales des trois opérateurs télécoms Maroc Telecom Cash, Orange Money Maroc et Wana Money ; Fast Payment, le CMI et Barid Cash.

Aucune offre n’a encore fait surface sur le marché, les acteurs préparent encore leur positionnement pour offrir des services m-wallets différenciants et qui permettent de fidéliser au mieux leurs clients.

Des perspectives portées par des synergies

BAM estime que la solution captera 60 Milliards DH sur la période 2019-2024, avec à terme 1,3 milliard de transactions, 6 millions d’utilisateurs, et 51.000 agents/commerçants faisant partie du réseau d’acceptation. La banque centrale espère ainsi inclure les personnes non bancarisées et les flux marchands non déclarés notamment ceux émanant des fonctions libérales.

La réduction du cash en circulation à l’instar de ce qui a été fait en Inde, représente également une opportunité d’économie de 7 milliards de dirhams qui sont nécessaires à la gestion et à l’impression des liquidités.

Enfin, l’avènement de ce mode de paiement vient accompagner la volonté nouvelle du Maroc d’attirer les entreprises innovantes africaines pour devenir un hub des startups africaines. Une stratégie structurante est en préparation en ce sens.

Des interrogations restent en suspens

Une sensibilisation au niveau nationale est nécessaire pour donner une impulsion à l’utilisation du m-wallet. Les établissements de paiement attendent des exonérations pour participer à cet effort, notamment pour ce qui est du droit de timbre par transaction.

Peu d’informations ont été communiquées quant à la gestion et à la protection des données collectées par les organismes faisant partie de ce nouvel écosystème. Les établissements doivent mettre en place des mesures de sécurité appropriées afin de protéger la confidentialité et l’intégrité des données des utilisateurs des m-wallets. Ceci-dit, on ignore quel organisme centralise la data relative au m-payment et les conséquences du traitement de la data sur le citoyen marocain.

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